Nous sommes le 12 février 2026. Si l’odeur du beurre fondu qui embaumait nos cuisines le 2 février dernier commence à peine à se dissiper, il ne faut surtout pas ranger les poêles trop vite. Alors que nous avons célébré la Chandeleur il y a une dizaine de jours, une autre date fatidique pour les amateurs de pâte approche à grands pas : le « Pancake Day », prévu le 17 février. C’est l’occasion idéale pour jeter un regard en arrière sur nos traditions locales tout en lorgnant vers ce qui se fait de mieux outre-Atlantique, où le Guide Michelin a récemment repéré les meilleures adresses pour déguster ces disques dorés.
Retour sur les origines d’une gourmandise sacrée
Pour comprendre pourquoi nous nous sommes régalés de crêpes en début de mois, il faut remonter le temps, bien avant notre époque, jusqu’au Ve siècle. À l’origine, cette date marquait la présentation de Jésus au Temple, exactement 40 jours après Noël. C’est le pape Gélase Ier qui eut l’idée d’organiser des processions aux flambeaux pour l’occasion, donnant ainsi le nom de « Chandeleur ». L’histoire raconte que ce pontife, soucieux de nourrir les pèlerins arrivant à Rome, leur distribuait des galettes simples et nourrissantes.
Cependant, comme c’est souvent le cas dans nos contrées, le rite chrétien s’est superposé à des coutumes païennes célébrant la fertilité de la terre et le retour de la lumière. Les paysans utilisaient alors l’excédent de farine de l’année précédente pour confectionner ces crêpes. Par leur forme ronde et leur couleur dorée, elles évoquaient le soleil et la promesse des beaux jours après l’hiver. Une superstition tenace voulait même que l’on fasse sauter la première crêpe de la main droite en tenant une pièce d’or dans la main gauche pour assurer la prospérité du foyer.
L’Amérique du Nord prépare sa riposte culinaire
Si la Chandeleur est passée, la fièvre de la pâte, elle, ne retombe pas. En Amérique du Nord, on se prépare activement pour le 17 février. Là-bas, la définition de la crêpe — ou du pancake — est infiniment plus vaste que notre classique au sucre. Le seul dénominateur commun reste cette pâte liquide servant de fondation ; pour le reste, de la farine de lentilles au teff, tout est permis.
Aux États-Unis, il est difficile de définir un « pancake américain » unique tant les variations sont nombreuses. À San Diego, le restaurant Great Maple n’hésite pas à servir des piles de « silver dollars » recouverts de bananes frites et de beurre de cacahuète. Plus au sud, à Houston, le chef Jason Vaughan de Nancy’s Hustle propose une version salée à base de semoule de maïs, accompagnée de beurre de culture et d’œufs de truite fumée, une interprétation locale du blini haut de gamme.
Quand l’Europe s’invite à New York
L’influence du Vieux Continent reste pourtant bien vivace aux États-Unis. La crêpe bretonne, dont les origines remonteraient au XIIIe siècle avec l’arrivée du sarrasin, trouve une place de choix à New York. Le restaurant La Mercerie, par exemple, s’évertue à reproduire la « complète » parfaite : une galette de sarrasin pliée sur un œuf miroir, du comté et du jambon de Paris.
Mais la France n’est pas la seule représentante européenne. Dans le quartier de Greenpoint à Brooklyn, c’est la Pologne qui brille chez Pierozek. Une cuisinière prénommée Grace y confectionne seule les naleśniki. Bien que la pâte soit proche de la crêpe française, elle est réalisée avec de la farine de blé et parfois de l’eau gazeuse pour plus de légèreté, avant d’être fourrée de fromage blanc sucré.
L’art de la fermentation asiatique
Le voyage culinaire devient techniquement plus complexe lorsqu’on se tourne vers les traditions asiatiques mises en avant par le guide rouge. Le Dosa du sud de l’Inde, par exemple, est une crêpe fine et croustillante issue d’un mélange fermenté de riz et de lentilles noires. C’est un véritable travail de patience, comme le souligne le chef Vijay Kumar du restaurant Semma à New York. À San Francisco, le chef Sri Gopinathan du Copra insiste sur une mouture grossière du riz pour garantir le croustillant, servant ses dosas avec des chutneys complexes et des ragoûts de lentilles.
Enfin, impossible d’ignorer le réconfort du Pajeon coréen. À Washington D.C., le chef Danny Lee et sa mère Yesoon perpétuent une recette familiale chez Mandu. Loin des versions trop pâteuses, leur galette aux oignons verts mise sur une abondance de fruits de mer — crevettes, calmars, pétoncles — liés par juste ce qu’il faut de farine assaisonnée. Entre le souvenir de nos crêpes du 2 février et les pancakes exotiques qui s’annoncent pour le 17, ce mois de février 2026 confirme bien son statut de mois mondial de la gourmandise.