Dans la capitale française, trouver une galette digne de ce nom relève souvent du parcours du combattant. Armelle Crêperie vient heureusement changer la donne. Installée en lieu et place de l’ancien restaurant Marchon dans le 11e arrondissement, cette chouette adresse surprend d’emblée par son volume. Loin du cliché du comptoir exigu où l’on grignote sur le pouce, on y découvre un vaste espace baigné de lumière, encadré d’immenses baies vitrées qui invitent d’emblée à prendre son temps.
Le secret de la maison réside dans une maîtrise technique redoutable de la pâte, véritable épine dorsale de leur carte. Les galettes de sarrasin « Kraz » offrent cette texture crousti-fondante si recherchée, avec une caramélisation fine qui accroche doucement sous la dent. L’épaisseur est calculée au millimètre : juste assez de mâche, sans jamais alourdir l’assiette. Côté approvisionnement, le fait-maison règne en maître, fermement appuyé par des produits sourcés avec soin. Du beurre demi-sel au lait ribot, en passant par les farines moulues à la pierre, la saucisse de Brocéliande et l’andouille de Guémené, tout respire le terroir artisanal.
L’Art du Twist Décomplexé
Bien sûr, les grands classiques répondent présent. On s’en tire avec des prix variant de 6 € à 12 €, comptant 10,50 € pour la traditionnelle complète et 18 € pour la formule lunch en semaine, incluant une bolée de cidre, une galette et une crêpe dessert. Pourtant, là où Armelle marque réellement les esprits, c’est dans sa capacité à moderniser le genre sans jamais tomber dans l’ennui ou la trahison.
La galette Jojo, proposée à 13,50 €, illustre parfaitement cette dynamique. Ce clin d’œil à la célèbre galette-saucisse est propulsé par un ketchup de betterave et une moutarde au miel qui réveillent franchement le palais, le tout accompagné de pickles de légumes. C’est vif, intelligent, et totalement en dehors des sentiers battus. Les options végétariennes, comme la Betty aux courges rôties, crème de bleu, noix et miel, prouvent que l’adresse sait parler à tout le monde. L’énergie reste d’ailleurs intacte du côté sucré, où même la classique crêpe sucre-citron déboule avec une marmelade maison explosive, idéale pour la formule goûter de l’après-midi.
Chicago : Un Vent Français Souffle sur le Midwest
L’audace de réinventer nos classiques sans les dénaturer ne s’arrête pas aux frontières européennes. À Chicago, dans le quartier animé du West Loop, le respect de la bistronomie française prend une tout autre ampleur chez Creepies. Ouvert l’été dernier juste à côté de leur établissement étoilé Elske, ce bistrot est le fruit de l’imagination des chefs Anna et David Posey, épaulés par Tayler Ploshehanski. Le nom du lieu, un brin décalé, découle simplement de leurs visites immobilières où ils s’amusaient à chercher des bâtiments « effrayants », bien que l’endroit final s’avère extrêmement chaleureux et dépourvu de tout aspect sinistre.
L’effervescence de cette équipe, qui semble avoir nourri sa curiosité en regardant les émissions de Julia Child dans leur jeunesse, donne naissance à des plats d’une complexité folle sous des allures d’une simplicité enfantine. Le service du midi, lancé en janvier, a d’ailleurs révélé quelques-unes de leurs créations les plus ingénieuses.
Un Poulet Rôti qui Vaut le Détour
Leur best-seller absolu, le poulet rôti sauce au vin et foie, incarne ce paradoxe. Si le plat présente les atours d’une recette classique, il nécessite en réalité trois jours entiers de préparation, un travail acharné étalé sur près de trois ans de recherche. La volaille est d’abord légèrement saumurée, pochée, séchée, poêlée puis enfin rôtie. À l’arrivée, la chair est d’une tendreté redoutable sous une peau ultra-croustillante. Le tout repose sur une sauce riche, rendue vibrante par l’estragon et le vin blanc, pensée pour ceux qui aiment les saveurs herbacées sans une présence trop agressive d’abats.
Cette volonté de bousculer les codes s’illustre tout autant à travers leur vision du croque-monsieur. Visuellement abstrait, tout en longueur et en angles, il dissimule habilement une sauce Mornay généreuse. Il ne ressemble en rien au sandwich traditionnel, et encore moins à un croque-madame puisqu’il fait l’impasse sur l’œuf au plat, remplacé ici par une surprenante confiture d’œuf. Une preuve supplémentaire que les classiques ont encore de belles surprises à nous offrir.