(New) Take eat easy, le licenciement « easy » aussi

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Take Eat Easy

La Startup Belge fait désormais partie du passé. Take Eat Easy est tombée de son vélo et c’est vraiment moche. Le concept était bon, mais les revenus tardaient à compenser les investissements et l’obligation d’expansion rapide a fait dérailler la société. Pas possible de se remettre en selle, le pneu est à plat et la sonnette ne fera plus ding-ding.

Mise à jour 31/07/2016

Il y’a encore des nouveautés à propos de la startup plus-si-géniale-que-ca Take Eat Easy. Sur Libération, on apprend que les coursiers lésés en France envisagent un recours au prud’hommes pour faire requalifier leur travail en travail salarié. L’entreprise n’avait que peu d’égard pour ses livreurs, à en croire la déclaration de Matthieu Birbach pour Libération, directeur général France de Take Eat Easy : il parle de « risque du statut d’auto-entrepreneur », un statut précaire où beaucoup trouvaient leur compte d’après lui. Ils pensaient, parait-il, proposer une assurance à leurs travailleurs en « juillet-août », pas de bol hein. Et il se fend d’un phrase pour le moins arrogante : «Pour nous, c’est terrible, et je comprends leur colère, mais il ne faut pas oublier que sans nous, de petits restaurants comme Booba Mara n’auraient peut-être pas eu autant de succès. On a pris énormément de risques pour qu’ils puissent faire de la livraison, ça a été un coût considérable».

J’ai un peu l’impression qu’on est pas au bout de nos surprise avec Take Eat Easy, ou pourrais-je la rebaptiser « Take Money Exit Easy ». La suite à la prochaine Mise à Jour.

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Mise à jour 27/07/16

La coopérative SMart.be, qui gère les salaires et la facturation des services de bon nombre de coursiers Belges de Take Eat Easy annonce qu’elle paiera les salaires des coursiers inscrits chez elle. Le total représente 340.000 € . SMart.be est une société coopérative qui permet à ses membres de travailler pour un client en prenant en charge la facturation, les salaires et les démarches administrative. Une vraie bouée de sauvetage pour les 400 coursiers inscrits.

Dans le même article, le journal Le Soir annonce que les restaurants partenaires ne seront pas payés par Take Eat Easy. Le client versait le montant de sa commande directement à Take Eat Easy, qui prélevait 30 % avant de verser le reste au restaurateur tous les 15 jours environ. Si la facture de certains établissements ne dépassait pas 1000 € (c’est quand même pas rien) les Super Filles du Tram, un burger bar bruxellois, reste avec une ardoise de 20.000 € car elles étaient très populaire sur le site de vente.

Plantage

Ce n’est pas les 30% qu’ils prélevaient sur la note du restaurant, ni les 2,5 € de livraison que tu payais pour te faire livrer un plat qui ont permis à la société, fondée en 2013 à Bruxelles de sortir la tête de l’eau. À cause d’une expansion trop rapide probablement et d’une levée de fond qui n’est pas arrivée à temps. De 10 employés à 160 et avec une croissance de 30%, de plus en plus de restaurants partenaires, et une popularité accrue, la douche est froide. Si j’ai abusé des jeux de mots journalistiques dans l’en-tête en faisant référence au vélo, le dindon de la farce dans l’histoire, ce sont les coursiers.

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4500 coursiers sur le carreau.

On ne va pas dire que c’est chouette de faire faillite, que c’est amusant de les voir se planter, pas du tout, la société marchait bien, les quelques lacunes du début corrigées et des clients contents. La seule personne perdante dans l’histoire, c’était les coursiers. Des femmes et des hommes à vélo livrant pour la marque des plats de restaurants. Prendre le plat, l’amener vite vite chez le client, et recommencer, pour un salaire d’environ 15 € brut de l’heure et une cadence imposée par l’application : Le Big Brother a l’aspect sympathique qui rythme la vie du livreur sur son vélo.

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Pas de salaire

D’après cet article du Nouvel Obs/Rue 89 les 4500 coursiers en Europe a qui la société devait les salaires depuis le début Juillet « à cause des fêtes nationales », ne seront jamais payés. Facile, aucun contrat de travail ne les liait avec la boite, ce sont tous des indépendants ou des auto-entrepreneurs.

Vincent Larramendy, un coursier, a parlé avec Nouvel Obs :

« Le point qui fait enrager tous les coursiers, c’est qu’il y avait du retard sur les paiements début juillet, à cause soi-disant des fêtes nationales françaises et belges, donc là, on n’a pas été payé pour les trois premières semaines. Moi, j’ai de la chance, je ne perds que 1 000 euros, et je peux me retourner, car j’ai de l’argent de côté. Pour d’autres, ça va être beaucoup, beaucoup plus dur : on a appris la nouvelle de la fermeture de Take Eat Easy le jour où l’on s’attendait à être payé. »

Même si Alain Mady-Fetherstone, le responsable opérationnel, souhaite que ça marche autrement.

« J’espère que les mandataires publics vont comprendre que, pour les coursiers, nos commandes représentent une très grosse part de leurs revenus. La France était clairement le plus gros marché pour nous. J’espère, en tout cas, que les mandataires paieront les coursiers rapidement. »

Aucune sécurité d’emploi, aucune indemnité de licenciement, les coursiers sont des indépendants et les dirigeants n’ont même plus la parole, c’est le mandataire du redressement judiciaire qui l’a. Espérons qu’il décide de payer les salaires au plus vite. Le temps que tout le monde s’accorde, des personnes risquent de perdre leur logement, d’être en difficulté à cause de cette faillite, car le salaire pouvait parfois être de 1200 € pour un mois. Take Eat Easy payait tous les 15 jours, sauf pour Juillet.

Reconversion et Fédération

Les coursiers s’organisent, vont frapper à la porte de la concurrence : Deliveroo, UberEats, Foodora, etc. Toutes ces sociétés d’ubérisation du travail et les coursiers trouveront probablement là une leçon a retenir : les sociétés d’ubérisation représentent une bulle Internet, les investisseurs courent après les startups licornes, comme le prochain Uber, le marché sature, le concept s’essouffle, tout éclate, des gens perdent emploi et argent et ne subsistent que les plus réactives et saines des entreprises. Ce phénomène est déjà arrivé, il arrivera encore. Je voudrais que ces « travailleurs » qui n’en sont plus puissent se fédérer, et exiger quelques sécurités ou assurances auprès de leurs employeurs. C’est une nouvelle forme d’organisation du travail qui peut être bénéfique, sauf si elle devient le nouvel esclavage.

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