Cash Investigation, quand l’industrie te prend pour un jambon

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Cash Investigation Jambon Sel Nitrité Just Good Food Magazine Culinaire Photographe Belge

Trop c’est trop ! Dans cet article je vais te parler de cash investigation, de jambon, de vin synthétique (oui) et de viande de poulet que l’on fait « pousser ». Bienvenue dans la dystopie Tricatel, une histoire a faire avaler sa soupe de travers à Charles Duchemin. Et du chemin on en a fait depuis l’artisanat, et pas dans le bon sens.

Cash Investigation France 2

Scandale

Cash Investigation Jambon
Un vrai jambon sans sel nitrité

C’est passé en télé il y’a deux jours, l’émission qui dénonce « Cash Investigation » écrit son histoire autour de l’industrie alimentaire. Ce qu’on y voit dans l’extrait qui buzz dans ton Facebook, c’est la fabrication des jambons industriels. Sont-ils de mauvaise qualité au niveau de la viande ? Pas vraiment, bonne viande, petits légumes. Il ne faut pas se laisser impressionner par la quantité ni par le mode de cuisson, cuire un jambon de 2 mètres de long sous vide, ce n’est ni dégoûtant ni scandaleux. Le scandale c’est plutôt la couleur du jambon. Dans ta tête, quelle est sa couleur ? Rose, mmmm la bonne publicité avec le petit garçon qui fait un bateau en papier sur l’eau, la petite fille qui ramasse les oeufs frais. Mais un jambon rose, ça n’existe pas ! Enfin si. Les jambons sont faits à partir de viande de porc, et quand tu cuis un rôti de porc, quelle est sa couleur ? Brun gris. Et bien voilà la couleur normale du jambon, avec des petites zones roses et tendres parfois, un teint légèrement rosé c’est bien, mais une couleur bien rose ce n’est pas naturel.

Alors, pourquoi injecter la viande avec de la saumure. La saumure c’est de l’eau et du sel, l’eau ce n’est pas cher, ça fait du poids et du volume, en tout cas c’est moins cher que la viande et ça permet d’aller plus vite, pas besoin d’attendre, une injection et hop. Si c’est scandaleux, c’est surtout pour l’arnaque, pas pour la santé. Là où c’est bien plus dégouttant, c’est le nitrite de sodium. L’agent conservateur E250, le sel nitrité, est pointé du doigt comme responsable probable du cancer du tube digestif, rien que ça. Mais l’industrie fait pression, le désignant comme un agent conservateur anti-microbien indispensable. Par contre, il fixe la couleur de la viande, et donne un beau rose, la chance !

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Plus vite, moins cher, à fond sur le pognon

Mais ce n’est pas le seul scandale de la semaine, je vais te parler de vin synthétique. C’est Virginie Moriaux, du Vif Weekend qui l’écrit dans son article : dans la Silicon Valley, on a créé un vin synthétique. Oui, un assemblage de molécules. Et ils osent parler d’avenir ces gens qui composent ce « Coca-cola » du vin. Une production de vin faite de tubes, de cuves et d’assemblage de molécules plutôt que de raisin, de vigne et de savoir-faire. Leur but, créer un vin moins cher. Mais ce n’est pas du vin, c’est s’essuyer les fesses avec la tradition et l’histoire. Pour quoi faire ? Pas pour sauver la nature, on y lit que la vigne consomme de l’eau, et que ce n’est pas écolo. On oublie souvent le principe fondamental du cycle de l’eau dans ces théories douteuses. C’est juste une question de produire un vin industriel qui trompe le consommateur, casse les prix, maximise les profits, éduque le marché et tue les artisans. Quelle perspective géniale !

  • 50 à 100 fois moins d’eau serait nécessaire à la production de vin synthétique comparé à du vin normal (produit à base de raisins donc).
  • Le vin synthétique se gâterait moins vite, car tous les ingrédients utilisés sont stérilisés.
  • Le prix de ce vin de labo serait nettement moindre, car nul besoin d’attendre durant des années une maturation en tonneau.
  • Ce vin serait plus sain, car il contient moins de sucre.

De l’eau aux molécules qui copie du vin. Tu reprendras bien un peu de chimie avec ton jambon nitrité ?

Faire pousser du poulet

Le journal Les Echos.fr publie une info sur une Startup Israélienne. L’association PETA soutient à fond l’idée : manger de la viande sans tuer d’animaux. Mais comment ? En la faisant pousser. On prélève un morceau de poule, un peu de chair comme pour un examen médical, et on fait pousser la viande en labo, on la cultive. L’idée annoncée : Ne plus faire souffrir les volatiles. Quand on mange de la viande, quand on accepte l’idée, on accepte aussi qu’un animal soit « sacrifié » pour cette viande, c’est inévitable. On ne peut pas jouer à Mère Nature en faisant pousser de la viande. C’est un fantasme de penser « tuer sans faire souffrir ». Avec le moins de souffrance possible, mais souffrance il y’a toujours puisque l’on tue. Si tu choisis de manger de la viande, le mieux est de l’acheter là où l’éleveur est le plus respectueux de ses animaux, et de respecter le produit à fond, ne jamais la gaspiller. Et pas te donner bonne conscience en ne voulant pas voir la mort derrière. Et si tu es végétarien, végétalien ou végane, la viande ne t’attire pas vraiment, qu’elle soit issue d’un animal ou d’un labo. Fin de l’histoire. Le gros problème, c’est le formatage du gout et du visuel, poussé par l’industrie.


« Cash Investigation ». Elise Lucet : « Un peu de saucisson marron et de jambon gris ? » Les enfants : « Euh, non, beurrrkkkk »

La vérité derrière tout ça, emballée dans un bel étui faussement écolo :

La société met en avant de nombreux avantages puisque sa solution permettrait de réduire de 99 % l’utilisation de terres cultivées, d’économiser 96 % en eau et de produire 99 % moins de gaz à effet de serre. Le prix de la viande cultivée serait également susceptible d’osciller entre 1 et 5 dollars le kilo. (Les échos)

« Savez-vous vous tenir sur la tête ? »