Attention, ceci est un message de l’auteure : Ce texte comporte des propos sarcastiques et volontairement exagérés. Toute personne se sentant offensée par ces derniers ne le serait que de manière fortuite.

Pssst, vous savez quoi ? Le printemps est là, au moins sur papier. Ce qui annonce aussi le prochain retour des « légumes du soleil » sur les étals des marchés. Courgettes, aubergines, poivrons, tomates, qui auront du goût et ne coûteront pas trois fois plus cher. Comme chaque année durant l’hiver, en mangeant ma soupe aux poireaux, je soupirais en songeant à toutes ces bonnes salades que l’été me permettrait de déguster. Et hier encore, je salivais en cherchant des idées de recettes printanières sur le web. Je rêvassais devant ces petits plats sains et équilibrés, remplis de produits frais et bio, qui me permettraient de faire le plein de vitamines et surtout de retrouver la ligne avant les vacances…Oh wait ! WHAT ?!!! Me voilà prise en flagrant délit de « pressionite sociale » aiguë !

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Frais, bio, et retrouver la ligne ? Dans la même phrase ?!? Merde, je ne savais pas que ma tête abritait un magazine féminin ! Ou une chaîne Youtube, au choix…Jusqu’où vont se loger les injonctions du marketing de masse quand même ! Moi qui suis la première à grincer des dents devant ce genre de publications, qui nous vantent les mérites de régimes 100% efficaces qu’il faut AB-SO-LU-MENT tester avant les beaux jours (parce qu’être une bombe sur la plage c’est quand même le but de l’existence). Vous savez, ces régimes miracles qui permettent de perdre 5 kilos en deux jours en se nourrissant exclusivement de concombres bio…Mais attention pas plus de 112,8 grammes par portions ! Oui parce qu’aujourd’hui il ne s’agit plus seulement de manger sain (et bio donc), il faut aussi savoir quelle quantité exacte on ingurgite…Je suis choquée par le nombre de gens qui pèsent au gramme près la totalité de leur alimentation. C’est tellement triste et déprimant…Souvent ce sont les mêmes qui n’hésitent pas non plus à rajouter de la poudre de racine de perlimpinpin à leurs plats parce que c’est « vraiment un super-aliment qui couvre mes besoins en nutriments pour les 15 jours à venir ». S’en passer est synonyme de conséquences affreuses plus tard. Non quoi ! Stop au matraquage moralisato-culpabilisant !

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Durant des millénaires, l’Homme a été capable de se nourrir sans suivre les directives délirantes de magazines, coaches, pseudo-scientifiques et autres gourous de l’alimentation. Alors pourquoi est-ce que manger est devenu une activité tellement anxiogène ces dernières années ? « Ah mais si je ne mange pas mes 5 fruits et légumes par jour je vais choper une maladie incurable. Mais surtout, pas plus de 150 grammes de viande, sinon je mourrai avant l’âge de 50 ans ! Est-ce que j’ai bien ajouté mes graines de chia à mon bowl cake hier ? Et sinon le morceau de saumon là il est bio ? » Pfiooouuu la pression quoi ! Quid de simplement avoir une alimentation certes équilibrée, mais surtout qui nous fait plaisir sans culpabiliser ? Non là on est entouré d’extrémistes de la nourriture qui font du bourrage de crâne à tout va sur les vertus du lait d’amandes fait maison. Et si vous ne le faites pas, attention hein ! Vous empoisonnez votre famille !

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D’accord depuis 20 ans on a eu quelques scandales alimentaires qui nous ont fait flipper. Mais de là à s’infliger une telle pression quotidienne, assortie d’une culpabilité extrême si on ne respecte pas les standards fixés par…Par qui au fond ? La société ? Euh oui, mais cette société c’est toi et moi qui la composons. Libre à nous de changer de mentalité…Par les médecins et nutritionnistes ? Ils n’arrivent même pas à se mettre d’accord et beaucoup voient d’un mauvais œil certaines modes du moment. Parce que oui, les pratiques alimentaires et régimes adoptés à travers le monde ces derniers temps ne sont que des modes, rien d’autre. Aujourd’hui on nous bassine avec le fait de peser chaque ingrédient qu’on avale. Hier on entendait partout les mots « vegan » et « super-aliment ». Avant-hier c’était le « sans gluten ». Le jour d’avant c’était « Bio ». Et demain ? Peut-être que face à des gens qui mangent des fruits, nous nous exclamerons, horrifiés : « Vous mangez de l’arbre ? ». À l’instar d’Eléa dans le roman de science-fiction « La nuit des temps » de Barjavel. Parce qu’on aura tous fini par se nourrir uniquement de gélules composées de nutriments purs, comme dans le livre. Ça ne semble pas impossible. Il suffirait qu’une quelconque starlette ou Youtubeuse en chef poste une photo de son nouveau régime « 100% gélules » sur Instagram, en vantant ses mérites pour la ligne ou la santé, et c’est bon tout le monde s’y mettra…Reste à savoir si elles seront bio au moins ces pilules ?

À écouter les gourous de l’alimentation on devrait donc tous exclusivement manger frais, local, bio, sans gluten, être vegan et consommer régulièrement des supers-aliments si on veut vivre longtemps en bonne santé. Mais en Belgique, suivre ces préceptes tout en mangeant strictement local c’est faire l’impasse sur un tas de bonnes choses. C’est même pour ainsi dire impossible. Les producteurs d’huile d’olive et de graines de chia (au hasard) ça ne court pas la campagne chez nous…Il y a donc une incohérence flagrante dans ce mode de pensée. On ne peut pas prôner l’alimentation locale à outrance tout en encourageant la consommation de super-aliments cultivés à l’autre bout du monde.

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Du coup, pourquoi ne pas revenir à l’essentiel plutôt ? De bons produits, éventuellement de saison et locaux si possible, histoire de quand même un peu penser à la planète. Mais sans tomber dans l’extrême non plus (le surgelé c’est bien aussi). Des aliments qui ont du goût, qui couvrent les besoins de base et qui nous font plaisir. Fruits et légumes en quantité suffisante oui, mais sans se priver pour autant d’une bonne entrecôte de 300 grammes si on en a envie. Avec un supplément de frites et même de sauce béarnaise s’il vous plaît. Parce que c’est quand même la meilleure façon de déguster une entrecôte si vous voulez mon avis (et même si vous ne le voulez pas tiens) ! Car oui, moi je suis une extrémiste du plaisir, un gourou de la bonne bouffe, même grasse. Et il faut quand même avouer qu’on a plus l’impression de se faire plaisir avec des frites qu’avec un blanc de poulet et trois rondelles de tomate…D’ailleurs tous les régimes préconisent une journée plaisir de temps en temps pour éviter un découragement qui nous fera retomber dans nos travers. C’est bien la preuve que les autres jours on se frustre, quoi qu’on en dise. Ou en tout cas on ne se fait pas plaisir, sinon pourquoi mettre l’accent sur l’importance d’une journée de relâche ? CQFD…Sur ce, moi j’ai un cheeseburger qui m’attend.

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Emily Yousfi
Jusqu’en janvier 2016, la cuisine pour Emily c’était le lieu de stockage des sodas et biscuits. Un territoire un peu hostile aussi, parce que franchement faire à manger ça la gonflait…Et puis un jour, un déclic. L’envie d’apprendre à cuisiner était là. Elle est alors passée par une période d’obsession totale, ne pensant qu’à la bouffe, même dans son sommeil. Elle a fini par reprendre le contrôle de ses pensées (et c’était pas gagné !) et depuis elle tente de dresser son combi four/micro-ondes et d’étendre sa connaissance des produits. Elle a poussé le vice jusqu’à plonger sa langue dans du poivre de Cayenne pour voir quel goût ça a !